En cette période de disette .

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LES PIGEONS ET LE FILET DU CHASSEUR

Il y avait une fois un très vieux chêne dans lequel vivaient un grand nombre de pigeons. Toute la journée, les pigeons volaient aux alentours en quête de nourriture. Le soir, ils retournaient passer la nuit dans leur chêne.

Un jour, tandis que les pigeons cherchaient de la nourriture, comme d'habitude, un petit cria :

- Regardez, regardez toutes ces graines ! Regardez toutes ces graines qui jonchent le sol ! Les autres pigeons virent qu'il avait raison et le rejoignirent pour se poser, mais un vieux pigeon très sage leur cria :

- Stop, n'y allez pas ! Comment se fait-il qu'il y ait tant de graines à cet endroit ?

- Qu'importe ! dit un autre pigeon. Allons-y, mangeons ces graines tous ensemble !

Tout le vol de pigeons se posa, excepté le vieux pigeon sage. Ils commencèrent alors à festoyer, tandis que le vieux pigeon les observait à distance. Lorsque les pigeons eurent fini leur festin, ils voulurent s'envoler - mais ne le purent pas. Ils était pris au filet et commencèrent à crier, désespérés :

- Au secours, nous sommes prisonniers, au secours !

Le vieux pigeon sage leur répondit :

- Ne vous inquiétez pas.

Mais l'un des pigeons cria :

- Regardez, quelqu'un vient par là ! C'est le chasseur qui vient nous prendre !

Le vieux pigeon sage leur dit alors :

- Calmez-vous. Décollez tous en même temps et vous parviendrez à soulever le filet.

Les pigeons s'entraidèrent et réussirent à soulever un peu le filet. Tous firent tant d'efforts qu'ils purent s'envoler avec le filet. Le vieux pigeon sage les précédait.

Ils volèrent longtemps jusqu'à un arbre. Puis, le vieux pigeon sage leur dit, en leur montrant l'arbre :

- Vous pouvez vous installer ici. Une bonne amie à moi habite ici, une souris.

Il appela la souris qui arriva et rongea les mailles du filet, jusqu'à ce que les pigeons puissent se libérer.

Tous les pigeons remercièrent chaleureusement la souris (conte en provenance des Indes)

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Jean de La Fontaine (1621-1695). Recueil : Fables livre VII (1678). Les vautours et les pigeons.

Mars autrefois mit tout l'air en émute.
Certain sujet fit naître la dispute
Chez les oiseaux ; non ceux que le Printemps
Mène à sa Cour, et qui, sous la feuillée,
Par leur exemple et leurs sons éclatants
Font que Vénus est en nous réveillée ;
Ni ceux encor que la Mère d'Amour
Met à son char : mais le peuple Vautour,
Au bec retors, à la tranchante serre,
Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre.
Il plut du sang ; je n'exagère point.
Si je voulais conter de point en point
Tout le détail, je manquerais d'haleine.
Maint chef périt, maint héros expira ;
Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine.
C'était plaisir d'observer leurs efforts ;
C'était pitié de voir tomber les morts.
Valeur, adresse, et ruses, et surprises,
Tout s'employa. Les deux troupes éprises
D'ardent courroux n'épargnaient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres :
Tout élément remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au col changeant, au coeur tendre et fidèle.
Elle employa sa médiation
Pour accorder une telle querelle ;
Ambassadeurs par le peuple pigeon
Furent choisis, et si bien travaillèrent,
Que les Vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve, et la paix s'ensuivit :
Hélas ! ce fut aux dépens de la race
A qui la leur aurait dû rendre grâce.
La gent maudite aussitôt poursuivit
Tous les pigeons, en fit ample carnage,
En dépeupla les bourgades, les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens, pigeon-260c474
D'accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours divisés les méchants ;
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là : Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant ; je me tais.

 

Jean de La Fontaine.